C’est ici au Refuge du Grenairon que la flore rencontrée
hier en fin de journée parmi les éboulis calcaires,
marque sa limite en passant dans l’étage subalpin.
Peu après le Refuge dans ces pentes orientées
au nord-ouest sur un terrain calcaire, la végétation
se fait des plus luxuriantes tout au long de la descente sur
le Fer-à-Cheval. C’est après une forte
pluie ou une belle rosée matinale que l’on apprécie
les surpantalons de pluie afin d’atténuer le
très fort “taux d’humidité”
sur ce chemin où l’herbe peut parfois nous chatouiller
jusqu’à la taille!
“Adenostyles alliariae” et “Petasites albus”
cachent complètement le sol par endroits. “Berce
des prés” (Heracleum sphondylium) et “laser”
(Laserpitium) sont aussi fort présents ainsi que la
“laitue des Alpes” (Cicerbita alpina). A ces ombellifères
ou apiacées, s’ajoute la somptueuse “grande
astrance” (Astrantia major) qui envahit littéralement
les bas-côtés du chemin pour le grand plaisir
de nos yeux.
Sur ces pentes, la nature du terrain est influencée
par un long enneigement et par une quantité de précipitations
relativement élevée.
L’aulne vert (Alnus viridis) colonise les couloirs comme
celui du Nant Sec ou les endroits défrichés
par l’homme ou déboisés par les avalanches.
On l’appelle aussi “vernes” et c’est
une espèce pionnière qui s’installe facilement
dans des terrains souvent délaissés par d’autres
espèces.
Elle fixe non seulement le sol sur lequel elle pousse, mais
le fertilise aussi. En effet, ses racines hébergent
un champignon microscopique qui fixe l’azote atmosphérique.
Cette fertilisation permet à d’autres plantes
de se développer sous sa protection. Les branches qui
touchent le sol pliant sous le poid de la neige, s’enracinent
facilement et donnent naissance à de nouvelles pousses.
Un peuplement très dense de grandes plantes herbacées,
le plus souvent aux larges feuilles, s’appelle une “mégaphorbiée”
(mega signifiant grand et phorbe feuille).
Vers la Joux de Passy et le Pralet, la forêt d’épicéas
traversée auparavant laisse la place à des prairies
d’herbe vouées à la pâture durant
l’été et à la pratique du ski en
hiver. Après Verduize situé à 1346 mètres,
on pénètre à nouveau dans la forêt
d’épicéas (Picea abies).
Cet arbre que l’on appelle souvent “sapin”
ne doit pas être confondu avec le vrai sapin blanc qui,
lui aussi, apprécie ces endroits plus ou moins humides
que l’on trouve dans le Bas-Valais ou le Chablais à
“l’ubac”. L’épicéa est
de couleur plus sombre et de silhouette élancée
qui finit généralement en flèche alors
que le sapin blanc est plutôt clair et ses branches
partent plus horizontalement du tronc de l’arbre.
Le tronc a une écorce de couleur grise et assez lisse.
Les aiguilles sont disposées en deux rangs le long
des rameaux et sont de couleur blanchâtre sur la face
inférieure. Il est plus résistant que l’épicéa
aux chutes de pierres et aux maladies.
Après une brève montée en direction de
Commune, on arrive sur les pâturages de la Montagne
de Commune.
Nous sommes dans le domaine des prairies d’altitude
où la fauche ne se fait plus mais le bétail
vient pâturer durant la belle saison. Cette pâture
modifie le sol et la flore.
Aux alentours d’anciens chenaux ou reposoirs à
bestiaux, pousse le “rumex des Alpes” (Rumex alpinus)
ou “rhubarbe des moines”, et aussi l’”ortie”
(Urtica dioica) que l’on évite de toucher à
cause des démangeaisons qu’elle produit. C’est
sur la face inférieure des feuilles que se situe le
piège que nous tend l’ortie. Il s’agit
de petits piquants en forme de seringue qui renferment de
la silice, un acide provoquant les brûlures que tout
le monde connaît.
Sous les chalets de Praz de Commune, notre sentier va pénétrer
dans une forêt assez dense constituée essentiellement
dans un premier temps d’épicéas, ensuite
d’hêtres (Fagus silvatica) qui se trouvent comme
des poissons dans l’eau dans ce lieu très arrosé
qu’est le Fer-à-Cheval.
Cet arbre magnifique, au tronc lisse et gris, supporte un
immense feuillage qui prend une magnifique couleur rouille
en automne. Il est alors très reposant de se promener
sous ces monstres colorés filtrant la lumière
du soleil. Le hêtre, appelé plus communément
“foyard” (signifiant bûche en allemand),
est très employé comme bois de chauffage et
pour la fabrication de menuiseries intérieures. L’érable
sycomore (Acer pseudoplatanus), le noisetier (Corylus avellana),
le saule marsault (Salix caprea) et d’autres encore
nous abritent des chaleurs estivales sous leur feuillage.