Un jour de vacances, au pied du Mont Ruan, seul en quête de clichés insolites, sous un ciel couvert et gris. Pas de chance, ce jour-là les bouquetins ne rôdent pas dans le coin. Tout à coup, une présence dans les parois rocheuses vient titiller mes sens. Jumelles sur le nez, je quadrille mètre carré par mètre carré la paroi de rocher. Le voilà. C’est bien ce que je pensais. Un vol papillonnant et irrégulier. Une sorte de feu rouge qui s’éteint puis s’allume, et plus rien. Où est-il passé ce minuscule grimpeur de rocher qu’est le tichodrome échelette (Tichodroma muraria) ?
C’est
tout un art de le suivre et encore plus de l’immortaliser
sur la pellicule. J’ai bien passé plus d’une
heure à l’accompagner entre vires et parois rocheuses
proches du glacier des Fonds. Et c’est lui, ce petit
oiseau, qui m’incita à m’arrêter
pour la pause de midi, sur une plate-forme avec vue sur le
lac d’Emosson. Tout est calme et le vol d’un rapace
au loin attire mon regard. L’oiseau est à environ
un kilomètre de moi et à la même altitude.
Il vole en suivant le relief du terrain à la recherche
d’une proie. Trop lointain pour définir l’espèce,
un doute cependant me traverse l’esprit. C’est
alors que l’oiseau change de cap et se dirige droit
sur moi à très vive allure. Prendre l’appareil
photographique et retenir mon souffle furent mes premiers
réflexes. C’est bien le gypaète (Gypaetus
barbatus), cet immense voilier de plus de 2,60 m d’envergure
qui vient me survoler à une dizaine de mètres
plus haut. C’était la première fois! Quelle
chance et quelle image gravée dans ma tête pour
Faisons plus ample connaissance avec cet animal. Naguère,
le gypaète a été exterminé dans
les Alpes au même titre que le loup, le lynx ou l’ours.
Le dernier oiseau a été tué en 1913 dans
le Val d’Aoste et, en 1922, l’ornithologue suisse
C. Stemmler, proposa la réintroduction du gypaète
dans les Alpes. Dans les années septante, un premier
lâcher fut effectué mais ce fut un échec.
Depuis 1976, tous les gypaètes vivant dans des zoos
sont mis en couple afin de se reproduire et, ensuite, de gérer
l’élevage des jeunes pour, plus tard, les lâcher
sur des sites bien déterminés comme Ravris,
dans le Parc National des Hohe Tauern en Autriche en 1986,
le Massif du Bargy en Haute-Savoie en 1987, le Parc National
Suisse dans les Grisons en 1991 et, le Parc National du Mercantour
en France, le Parc Naturel Alpi Marittime en Italie.
Lors du lâcher, les jeunes gypaètes nés
en captivité et ne sachant pas encore voler sont amenés
sur ces sites par l’homme et sont déposés
dans des aires artificielles aménagées pour
facilité leur observation. Au début, l’oiseau
est nourri par l’homme en évitant soigneusement
tout contact avec celui-ci. Cette alimentation dure jusqu’à
ce que l’oiseau soit capable de voler et de trouver
sa nourriture lui-même. Pour identifier les oiseaux
lâchés, on les bague et on leur décolore
certaines rémiges ou rectrices des ailes. De 1986 à
1996, 68 gypaètes ont retrouvé la liberté
et quinze d’entre eux ont péri. A l’âge
de 4-5 ans, les gypaètes commencent à se sédentariser.
Ils choisissent un territoire sur lequel on les rencontre
durant une bonne partie de l’année. La détermination
du territoire commence par le choix d’une aire de repos.
Ensuite les couples se forment pour construire des nids. Au
printemps 1997, le premier jeune gypaète est né
naturellement dans les Alpes. Les couples créent généralement
plusieurs aires sur leur territoire. Le gypaète ne
tolère aucun congénère sur son terrain,
mais adopte un comportement pacifique envers d’autres
espèces telles que l’aigle. Les femelles pondent
entre décembre et février deux œufs à
4 ou 5 jours d’intervalles. La couvaison dure de 53
à 60 jours. Quand les premiers éclosent, la
femelle écarte agressivement le plus “jeune”
de la nourriture et celui-ci meurt assez rapidement. De ce
fait, un seul jeune sera élevé par le couple.
Le gypaète se nourrit essentiellement d’os, de
tendons et de ligaments d’animaux morts. Cela constitue
80% de sa nourriture.
Quand il n’arrive pas à avaler un os, il le lâche
d’une hauteur de 50 à 100 mètres afin
qu’il se brise. La particularité du gypaète
est de se baigner dans de la boue très ferrugineuse
qui lui colore la poitrine et la face ventrale. Le gypaète
pèse entre 4,5 et 7 kg pour une longueur de 1,10 à
1,50 m et une envergure de 2,66 à 2,82 m. Sa queue
est en forme de losange. Le plumage de l’immature est
uniformément brun sombre. Le gypaète barbu est
comme son nom l’indique porteur d’une barbiche
formée de plumes qui pendent de chaque côté
du bec.
Dans notre région, un ou des gypaètes ont été
aperçus régulièrement, déjà
depuis 1987. Pour ma part et depuis ma rencontre avec Cristal,
un gypaète lâché en Haute-Savoie, le 3
août 1999, mon observation est plus assidue et plusieurs
fois j’ai pu apercevoir des individus sans toutefois
être sûr de leur origine ou de leur nom. Avec
l’aide de Bertrand Posse du Réseau Gypaète
Valais et Alpes romandes, voici les données des observations
faites dans le secteur du Tour du Ruan (cf. tableau page suivante).
Après le col de Susanfe, 2494 m, la descente vers Salanfe
suit un sentier déambulant à travers les moraines
laissées par le glacier de Plan Névé.
Ces moraines sont constituées de gros blocs calcaires
fortement karstifiés et arrachés aux Dents du
Midi, et fortement karstifiées.
Le glacier de Plan Névé, le massif des Dents
du Midi et le glacier Noir dans le flanc est de la Tour Sallière,
sont les deux principaux glaciers du bassin de Salanfe.
Le glacier de Plan Névé orienté au sud-est
est réduit à son bassin d’alimentation.
Le glacier s’épaissit un peu en hiver, mais a
tendance à perdre son volume de glace durant le reste
de l’année.
Le glacier Noir, un glacier à forte pente orienté
vers l’est est favorisé par rapport à
celui de Plan Névé. Sa zone d’accumulation
se situe dans les flancs de la Tour Sallière; la glace
flue vers l’aval et se casse en grands pans de séracs.
Ces séracs alimentent un névé permanent
nommé “glacier régénéré”.
Il constitue la zone d’ablation du glacier Noir.
Un sentier didactique autour du barrage de Salanfe a été mis sur pied grâce à “Espace Mont-Blanc”.
La pratique de la pêche dans le barrage de Salanfe est la même qu’à Emosson. Durant les travaux d’étanchéité du lac de Salanfe, on a dû assécher presque complètement le plan d’eau. Les pêcheurs du canton ont demandé de préserver le poisson ainsi que l’acquis de toutes ces années d’efforts de repeuplement. Ainsi, il a été construit un bassin d’asile pour toute cette faune aquatique.
Dans le
cirque glaciaire de Salanfe, vous rencontrez un cheptel bovin
de plus de 230 têtes. Ce sont essentiellement des génisses
et génissons. Les vaches ne sont pratiquement plus
alpées depuis la construction du barrage.
Cet alpage a une histoire très ancienne qui remonte
au XIVe siècle.
Les querelles pour la possession de l’alpage font partie
de l’histoire depuis le début du XXe siècle.
En effet, une querelle opposait les bourgeoisies de St-Maurice,
Vérossaz, Evionnaz et Massongex à celle de Salvan
pour la propriété de Salanfe. C’est le
Grand Conseil valaisan qui nomma la commune d’Evionnaz
propriétaire de l’alpage en déboutant
Salvan, avec seulement quelques voix.
Cette journée se termine dans ce cadre majestueux, cette “splendide arène” que décrivait Emile Javelle en parlant de Salanfe. C’est au milieu de cette arène, à l’Auberge de Salanfe, que nous allons passer la nuit.
Cette
auberge, avec un grand air de cabane, est une plaque tournante
entre le Tour des Dents du Midi, le Tour du Ruan et celui
du Sallantin.
Les 120 places dont dispose l’auberge ainsi que le restaurant,
sont gérés par Fabienne et Nicolas Marclay qui
sauront vous faire oublier la fatigue accumulée durant
ces trois jours de marche.