Maintenant, la flore des éboulis calcaires va prendre
une place importante jusqu’à Susanfe. A l’altitude
de 2100 mètres après le lac de Vogealle, sur
la droite du chemin se situe un superbe lapiaz qui forme une
véritable montagne en miniature si l’on se plonge
un peu dans l’imaginaire. Dans ces trous et fissures
creusés par les eaux de ruissellement, poussent à
l’abri du vent différentes espèces de
plantes comme l’”aconit napel” ou encore
des coussinets avec le “silène acaule”.
De la Tête de Perua, 2296 mètres, au col des
Ottans, c’est un peu la même flore que celle rencontrée
après le col du Vieux et au Cheval Blanc. Sur ces schistes
calcaires on retrouve le génépi, le tabouret
à feuilles rondes, le linaire des Alpes et autres saxifrages.
Plus le terrain est constitué de gros blocs ou de dalles
et en l’absence d’éléments fins,
moins la végétation est présente.
Du côté nord du col des Ottans, 2502 mètres,
jusque vers la cote 2000 mètres au-dessus de la station
de pompage de Salanfe, la présence de neige quasiment
neuf mois sur douze limite considérablement la flore.
Ces combes à neige sont occupées principalement
par les pelouses à saules en espaliers avec le “saule
à réseau” (Salix reticulata), la “gentiane
de Bavière” (Gentiana bavarica) ou la “renoncule
alpestre” (Ranunculus alpestris).
Au
col de Susanfe, 2494 m, la morphologie et la géologie
du terrain sont peu propices au développement de la
végétation. Toutefois, ce sont les plantes à
associations d’éboulis, comme le “tabouret
à feuilles rondes”, les “saxifrages faux
aïzoon et à feuilles opposées”, ou
encore le “génépi” qui se place
dans les endroits les moins accessibles. Toute la descente
depuis le col en direction du barrage de Salanfe s’effectue
dans une zone en éternel mouvement sur les anciennes
moraines abandonnées par le glacier de Plan Névé.
Mais ces terrains hostiles abritent souvent des plantes rares,
comme par exemple, la “pensée du Mont Cenis”
(Viola cenisia). Celle-ci ressemble beaucoup à la pensée
commune, la “pensée éperonnée”
(Viola calcarata), mais elle s’en différencie
par ses feuilles suborbiculaires-ovales. Sa couleur violet
clair sur les roches sombres attire votre regard. A partir
de la cote 2100 mètres en descendant sur Salanfe, des
pelouses d’altitude servent de pâturages pour
les bovins durant l’été. La “gentiane
jaune” est ici très abondante. Cette gentiane
peut se confondre avec le “vératre blanc”
(Veratrum album). Mais ce dernier a des feuilles dites “alternées”
alors que la gentiane a des feuilles opposées. Alors
que le vérâtre blanc est très toxique,
la gentiane jaune est recherchée pour ses vertus médicinales.
C’est la racine de cette plante que l’on déterre
pour ensuite la concasser en petits morceaux. Cette opération
finie, on laisse fermenter les racines dans un tonneau en
ajoutant un peu de sucre pour que la fermentation se passe
bien.
Il est indispensable d’entreposer le tonneau dans un
endroit bien tempéré — par exemple dans
une écurie comme cela se faisait à l’époque.
Durant la période hivernale, principalement en janvier,
on se sert d’un alambic pour distiller le contenu du
tonneau. Par ce processus, long et minutieux, on obtient de
l’alcool de gentiane employé pour donner différents
soins au bétail mais également à l’être
humain, avec modération! Et puis un verre de gentiane
peut soulager un estomac lourd après une bonne fondue
à l’Auberge de Salanfe, par exemple!
Avec toutes ces fleurs et ces roches sous vos pieds, n’oubliez pas de lever de temps à autres les yeux vers le ciel. Il y a peut-être le gypaète, ce magnifique oiseau qui est en train de s’installer dans toute la région du Tour !