“Mont
Ruan”
Si les Valaisans l’appellent Mont Rouyan, les bergers
de Sixt (Haute-Savoie), qui le connaissent mieux et l’on,
je suppose, baptisé, lui donne le nom de Mont Rouan.
Celà autoriserait l’hypothèse: Mons ravidanus
“Mont gris, mont noir et blanc”. (Tiré
de “La montagne et ses noms”, de Jules Guex, 1976).
Ruan est le nom du sommet au nord du barrage d’Emosson.
Ce Mont Ruan qui culmine à 3044 m a deux sommets satellites
qui le composent: à l’ouest le Petit Ruan (2847m)
et, à l’est, le Grand Ruan (3057m).
A ses pieds, les Glaciers des Fonds et du Ruan l’encerclent.
Le Tour lui-même se déroule à cheval sur
deux pays, la France avec la région de la Haute-Savoie
plus précisément la Vallée du Haut-Giffre,
et la Suisse, sur le territoire du canton du Valais, district
de St-Maurice, et sur les hauts de la Vallée du Trient.
Pour comprendre le tracé et la géographie du
Tour, je vous propose de consulté la carte descriptif
à la page précédente.
Ce “trek” se déroule sur quatre jours avec
un total approximatif de temps de marche qui varie entre 27
et 32 heures. Quatre étapes reliées à
chaque fois par un refuge ou une cabane pour permettre de
se loger.
Du col de
la Gueulaz, Emosson (1965 m) coord. 561.170/101.980 au Refuge
du Grenairon ou Chalet-Hôtel du Buet (1974 m) coord.
550.420/98.050.
Cette étape d’une durée de 7 heures passe
le long du lac d’Emosson pour monter en direction du
barrage du Vieux-Emosson (2206 m) et contourner ce dernier
par sa rive gauche pour rejoindre après une brève
montée d’une vingtaine de minutes le site des
traces de dinosaures (2400 m).
Prendre ensuite le sentier qui mène au col du Vieux
(2572 m) et qui se poursuit dans une montée soutenue
jusqu’au point culminant du Tour: le Cheval-Blanc (2830
m). Magnifique panorama d’où l’on côtoie
d’un seul regard aussi bien les Alpes Bernoises, la
Plaine du Rhône, les Alpes Valaisannes, le massif du
Mont-Blanc, le Chablais ou encore le Jura. D’ici, légère
descente en direction du Lac de plan du Buet en passant par
la Combe du même nom. Cette portion de l’itinéraire
est certainement le bout le plus engagé du Tour en
cas de mauvaise météo, surtout par temps de
brouillard (manque de balisage).
Du lac, le sentier part en direction des Frètes du
Grenier en passant devant le Grenier de Commune (2775 m) et
la Cathédrale (2498 m), pour poursuivre dans un labyrinthe
de gros blocs calcaires enchevêtrés comme des
châteaux forts. Sur notre gauche, l’immense et
sauvage face ouest du Mont-Buet. C’est dans la descente,
à l’altitude de 1974 m que se trouve le refuge
du Grenairon où prend fin la première journée
du Tour.
Du
Refuge du Grenairon au Refuge de la Vogealle (1900 m) coord.
553.550/106.900.
Sept heures ne seront pas de trop pour relier ces deux refuges
situés en territoire français dans la région
savoyarde du Haut-Giffre.
Après avoir quitté Grenairon, prendre le chemin
en direction de Commune qui descend en serpentant sur les
pentes de la Forêt domaniale de Sixt à gauche
du Nant Sec. A l’altitude de 1400 m, à la croisée
des chemins, une variante nous est offerte. Soit on continue
sur le sentier qui longe de Nant Sec jusqu’au village
de Salvagny (860 m) pour poursuivre vers le chef-lieu Sixt-Fer-à-Cheval
(780 m) d’où l’on dispose éventuellement
des transports publics — bus navette — jusqu’au
Plan des Lacs. L’itinéraire officiel du Tour
continue sur la droite en direction du télésiège
de Pralet. D’ici on empreinte une route non carrossable
jusqu’aux Praz de Commune (1672 m) en passant par Verduize
(1346 m) et les Mouillettes (1434 m).Depuis la création
du Tour, un projet de chemin à travers les Lapiaz (1639
m) pour rejoindre Commune (1641 m) est discuté. Mais
la topographie et le danger de chutes de pierres, mais également
la déclivité de ces dalles de calcaire nécessitent
un immense travail pour façonner un chemin. Géologiquement,
il serait intéressant de pouvoir cheminer sur ce tronçon
que l’on aperçoit lors de la descente sur Commune.
Cela éviterait également de descendre beaucoup
plus bas pour devoir remonter ensuite sur plus de 350 m de
dénivelé pour éviter les lapiaz.
Des Praz-de-Commune (1672 m) prendre à gauche le chemin
défoncé par les troupeaux de vaches et le suivre
toujours sur la droite par la forêt. Une longue descente
d’abord sur un chemin et ensuite sur une route non carrossable
nous conduit jusqu’au camping du Pelly (920 m). Deux
possibilités s’offrent à nous à
cet endroit. La première: arrivé au camping
à la hauteur de la petite buvette, prendre à
droite en remontant tout le terrain du camping et puis prendre
à gauche et traverser le Nant des Pères. Suivre
la route jusqu’au Plan des Lacs et continuer par le
chemin didactique jusqu’à la buvette de Prazon
en traversant le giffre par la passerelle (1012 m). La deuxième
solution: du camping se diriger sur la route D907 et revenir
à gauche sur 80 mètres. Traverser et prendre
à droite en passant par Giffrenant (962 m) jusqu’à
la buvette de Prazon. A la buvette, on peut poursuivre sur
la droite pour aller au Fond de la Combe et pour rejoindre
le Bout du Monde.
Un regard en arrière sur ce magnifique amphithéâtre
nous fait dire que ce nom “Bout du Monde” a vraiment
sa place ici. Franchir par un joli chemin les différents
réseaux du Bout du Monde en tournant sur la gauche
direction Chalet du Boret.
Cet itinéraire depuis la buvette rallonge de plus d’une
heure l’accès au Boret mais le détour
en vaut la chandelle. Mais vaut mieux deux chandelles plutôt
qu’une avec la magnifique et aérienne variante
du Pas du Boret. Ce chemin que l’on devine de la buvette
paraît inaccessible vu d’en-bas mais une fois
dedans, tout devient plus facile surtout grâce au travail
fourni par la pose de mains courantes et l’entretien
du sentier qui n’a rien à reprocher.
Le Pas du Boret est un véritable ascenseur pour nous conduire au Chalet du Boret (1388 m). Du Giffre (1012 m) au Refuge de la Vogealle (1900 m), 878 mètres de dénivelé positif nous attend. Avec le Pas du Boret, quelque 280 mètres sont à effacer sur l’ardoise mais tout le reste est devant nous. La Pointe de Bellgarde nous domine du haut de ces parois vers lesquelles le chemin croise la Pierre du Dard (1637 m) et, enfin, après le passage d’un gros éboulement, le Refuge de la Vogealle fait son apparition.
Du
Refuge de la Vogealle à l’Auberge de Salanfe (1940
m) coord. 563.850/110.470.
Six à sept heures, selon les conditions (enneigement
tardif dans les Ottans) sont au programme pour ce troisième
jour.
Cette étape est la plus technique avec le passage des
Ottans équipé d’échelles. Tout d’abord,
faisons un bout de chemin avant d’arriver dans ce lieu
“mythique”.
Après avoir quitté le Refuge, prendre le sentier
qui monte au lac de la Vogealle (1999 m). Peu avant le lac,
(1975 m), dans un petit plateau où de gros blocs de roche
fraternisent avec le torrent de Vogealle, il faut prendre à
droite où 320 m de dénivelé entre lapiaz
et pelouse alpine nous emmènent à la Tête
à Perua (2295 m) qui domine le Fond de la Combe.
La vue est magnifique sur le Tenneverge, la Pointe des Rosses,
le Mont-Ruan et le Petit Ruan. Une longue traversée sur
ce magnifique balcon dominé par le Mont-Sagerou nous
mène au col du même nom (2395 m). Au col, la vue
s’ouvre encore sur le Vallon de Susanfe et, plus loin,
le Val d’Illiez avec, en arrière plan, le Chablais,
les Préalpes et le Jura. Devant nous la Haute-Cime (3257
m), premier sommet sur l’ouest des Dents-du-Midi. Légère
montée et nous voilà à la Tête des
Ottans (2549 m).
Le chemin passe un peu en-dessous de la Tête du côté
droite pour arriver au Col des Ottans (2496 m) en passant près
de la Borne en pierre.
Le randonneur qui s’engage pour faire le sommet du Ruan
prend jusqu’ici le même itinéraire et il
bifurque sur la droite par l’épaule du Petit-Ruan
(2847 m). Pour nous, descente direction nord, nord-est. Au pied
du névé, suivre le chemin bien marqué et
équipé de chaînes. Tôt dans la saison,
il est conseillé de se munir d’un piolet et d’une
corde surtout s’il reste encore de la neige à cet
endroit.
Un peu plus bas, sur le fil de l’arête, un trou
attire notre curiosité et nous incite à avancer
vers le vide.
Et c’est ici que le fameux “passage des Ottans”
avec ses 80 mètres de cheminée équipée
d’échelles, d’étriers et de chaînes
très bien sécurisés nous attend.
Le premier pas est hésitant mais une fois lancé,
tout devient plus facile et l’on se rend compte que les
“on dit” gonflent souvent les difficultés
de certains endroits très réputés. Le glacier
des Ottans vient lécher avec ces névés
éternels le pied de ce passage. Arrivé sur la
neige, rester sur la droite tout en descendant entre les névés
et les moraines jusqu’où le chemin traverse une
petite barre de rochers à environ 2160 m.
Une cinquantaine de mètres pendant lesquels il faut faire
attention mais le chemin est bien marqué et, au pied
de la barre, suivre la moraine plein nord jusqu’à
un petit replat. Prendre à droite dans une petite vire
schisteuse (2020 m). Traverser deux torrents en direction de
la station de pompage (1905 m) et prendre le chemin 100 mètres
à droite de la station.
Rejoindre le sentier qui vient du Pas d’Encel et monter
à l’est pour atteindre la Cabane de Susanfe (CAS),
à 2102 m d’altitude. La face nord du Ruan nous
domine avec ses 940 mètres de dénivelé.
Depuis la cabane, il faut encore une heure pour rejoindre le
col de Susanfe par un chemin très agréable.
Arrivé au col, panorama splendide sur le bassin de Salanfe.
Sur notre gauche, au nord, s’offrent à la vue les
Dents du Midi et, au sud, la Tour Sallière (3220 m) et
ses deux contreforts, l’Eglise (3077 m) et le Dôme
(3138 m). En face sur la gauche les Rochers de Gagnerie, la
Dent du Salentin, les Petits Perrons et le Luisin. Pour se rendre
à la Haute Cime (3257 m), prendre le chemin qui monte
sur notre gauche en direction du nord. Mais pour l’heure,
l’itinéraire du Tour du Ruan redescend en direction
du lac de Salanfe. Suivre le balisage et le tracé aménagé
dans les dalles schisteuses, tout en zigzagant dans ce terrain
lunaire et très minéral. Plus bas, un passage
un peu délicat est équipé d’une main
courante sur plus de 50 mètres. Il faut un peu moins
d’une heure pour arriver vers les replats de Lanvouiss
(1940 m) et de là, à peu près une demi-heure
pour atteindre l’Auberge de Salanfe tout en longeant le
lac.
A midi, on peut faire une halte à la Cabane de Susanfe où les bons plats de Muriel nous font vite oublier la fatigue accumulée durant ces trois journées.
De l’Auberge de Salanfe à Emosson (La Gueulaz) 1965 m, coord. 561.170/101.980.
Un peu
plus de sept heures pour cette dernière étape.
Après une bonne nuit en chambre ou dortoir, nous voilà
repartis pour notre dernière étape du Tour avec
ses 1300 mètres de dénivelé positif qui
ne sont pas de tout repos pour notre corps. De l’auberge,
traverser le mur du barrage. Ensuite longer le lac par une
ancienne route vers l’ouest. Au croisement des chemins,
prendre celui du col d’Emaney qui monte vers le sud
et passe en aval du lac des Ottans. Suivre alors la Combe
du col. Un peu avant le col d’Emaney, plusieurs chemins
ont été tracés à cause de l’enneigement
tardif et extrêmement variable d’un été
à l’autre.
Il est important de bien observer et de suivre le balisage
rouge et blanc. Pour arriver jusque là une variante
intéressante se présente à la bifurcation
des chemins: prendre l’itinéraire qui amène
au col de la Golette (2469 m). Cette variante nous laisse
découvrir tout en montant les anciennes mines d’or
et d’arsenics des Ottans. Vers 2300 mètres on
quitte le chemin pour rejoindre celui du col d’Emaney
en allant sur la droite plein ouest. Faire attention aux barres
rocheuses. Il n’y a pas de tracés nets pour faire
cette liaison mais un peu de bon sens vous offrira un accès
très praticable. Au col d’Emaney (2462 m), monter
légèrement vers l’est pour admirer le
magnifique panorama qui s’étend des Alpes bernoises
en passant par les Alpes valaisannes jusqu’au Mont Blanc.
La suite se fait par la descente en direction de Belle Combe
et vers le vallon d’Emaney. La première partie
de la descente est assez raide. En face de nous se dessine
le col de Barberine qui peut être une variante possible
pour raccourcir le Tour sur sa fin de parcours (environ 1
heure). Mais notre itinéraire suit le vallon en aval
(plein est) de Belle Combe pour passer à l’alpage
d’Emaney (1855 m).
Un lieu incontournable avec sa fromagerie et son brin d’authenticité
de vie à l’alpage. Après le bon verre
de lait partagé, attaquer la montée soutenue
vers le lac de Blantsin (2148 m) entre les vernes et les roches
moutonnées, témoins du passage des glaciers.
Jusque là le sentier est bien marqué mais restez
attentif sur le cheminement de l’itinéraire qui
se faufile à travers des vires, des combettes ou encore
de gros dos de baleines polis par les glaciers. Une dernière
combe avant de distinguer le col de Fénestral, situé
à 2451 m, avec, à sa gauche la Dent de Fénestral
ou Beaumont (2579 m) chapeautée d’une belle croix.
Sur le versant Plat des Marais et alpage de Fénestral, de l’autre côté du col, ce ne sont pas moins de 600 mètres de descente qu’il va falloir encore se mettre dans les genoux. Sur notre droite les Rochers Rouges dessinent une longue arête conduisant au Bel Oiseau (2628 m), sommet surplombant le barrage d’Emosson d’où nous sommes partis il y a quatre jours. Vers l’alpage de Fénestral (1797 m), prendre le chemin à droite en direction du sud. Ce chemin en balcon nous ramène vers le point de départ, Emosson, et nous offre une vue imprenable sur le massif du Mont Blanc ainsi que le haut de la vallée du Trient. Et c’est sur ce très ancien sentier que nous terminons ce Tour du Ruan au col de la Gueulaz.
Après ce bref descriptif, je vous suggère de vous lancer dans une découverte plus détaillée du Tour, étape par étape. Cela commence ici !